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Une
soirée avec Clara et Robert Schumann (23-03-2007)
3 Fantasiestücke de Robert Schumann, opus 73 (1849) : Composées à l’origine pour la clarinette en la, instrument moins apprécié des romantiques que la clarinette en si bémol plus brillante, ces trois pièces se caractérisent par une sonorité intimiste, d’où leur exécution au hautbois d’amour, et un élan de plus en plus vif d’une pièce à l’autre. Chaque pièce obéit au schéma simple ABA-coda : une forme qui ne prétend pas à la virtuosité gratuite mais aspire seulement à l’expression de sentiments délicats.
3 Romances de Robert Schumann, opus 94 (1849) : Ecrites dès l’origine pour le hautbois, ces trois pièces, où l’on retrouvera la tonalité de la mineur chère à Robert Schumann, frappent par un traitement très travaillé, les ambiances se succédant en de subtiles transitions.. Le discours se fait tour à tour extatique, fiévreux ou burlesque dans la première. La deuxième laisse une large place à la naïveté candide, brusquement interrompue de façon transitoire par un épisode tourmenté. Enfin, les hésitations du langage de la troisième transmettent à l’auditeur toute la confusion des sentiments d’un Schumann à la fois maître et victime de ses deux visages, le timide Eusébius et le fiévreux Florestan. Ce n’est qu’avec l’avant-dernière note du hautbois et l’intrusion inattendue du mode majeur que le compositeur nous quitte avec un clin d’œil enjoué.
Sonate de Jean Sébastien Bach (?), BWV 1020 en sol mineur : Avec cette sonate sortie de la maison Bach et peut-être de la main de Carl Philipp Emmanuel, on retrouve l’alternance vif-lent-vif chers aux styles antérieurs au romantisme. L’utilisation du clavier n’obéit déjà plus au principe de la basse continue réalisée en improvisant : ici, la main droite du clavier est écrite et dialogue réellement avec le hautbois. Ce principe régit un premier mouvement où l’on entend déjà en germe le bithématisme des classiques, un deuxième où le dialogue n’exclut pas un usage différencié, le piano déroulant des croches en continu tandis que le hautbois se permet de longues tenues expressives, et enfin un finale auquel les imitations très rapprochées confèrent un caractère particulièrement endiablé.
3 Romances de Clara Schumann, opus 22 (1853) : Ecrites pour le violoniste Joachim avec qui les Schumann s’étaient liés d’amitié, ces trois pièces à la fois intimistes (forme simple ABA, pas d’étalage brillant) et ambitieuses (traitement différent de la relation entre les deux instruments d’une pièce à l’autre : d’abord en contrepoint aux thèmes différenciés, puis à armes égales alternant tendresse et humour, et finalement répartis en un chant accompagné de figures mettant le pianiste à rude épreuve). On y entend des motifs que Robert Schumann n’aurait pas démentis : dualité majeur-mineur, utilisation du triolet pour exprimer l’agitation.
Adagio et allegro de Robert Schumann, opus 70 (1849) : Conquis par les nouveaux cors viennois à pistons, Schumann composa plusieurs œuvres pour ces instruments en février 1849. Il y exploite leurs nouvelles possibilités expressives, tout particulièrement dans l’Adagio et allegro, si bien que la pièce fut éditée également pour hautbois, violon ou violoncelle. Une interprétation au cor anglais permet de rendre compte à la fois du climat sombre ou héroïque. Cette première réconciliation entre l’exigence d’expressivité des compositeurs et les capacités techniques des instruments est nettement audible à travers l’ambitus extrêmement large et les fréquents chromatismes expressifs. L’adagio méditatif conduit à un rondo fougueux, brillant et tourmenté à la fois, troublé un bref instant par un épisode inattendu en si majeur, comme pour rappeler que la douceur et le doute ne sont pas loin avant de conclure dans un héroïsme triomphant.
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